Ces derniers jours, j'ai trouvé un parfait exemple moderne à la problèmatique de la rhétorique telle que débattue entre Socrate et Gorgias dans le dialogue éponyme rapporté par Platon : quand la rhétorique dessert le savoir en surpassant la compétence.
Sur un forum, je lis son webmestre écrire ceci.
Webmestre : Mon métier c'est de faire des sites (enfin, de les vendre)
Bon, très bien… Chacun son métier.
Quelques temps plus tard, je constate une énorme erreur de mise en page sur ces forums. L'erreur en question est purement due à un bout de code mal foutu. Ce n'est pas grave, ça arrive même aux meilleurs professionnels de temps à autre. Je signale l'erreur en l'accompagnant et, même si ce n'est pas très utile, d'informations sur ma configuration, comme j'en ai pris l'habitude lorsqu'il m'arrive de faire des reports de bogues informatiques.
Moi : Epiphany 2.24.1, moteur Gecko 3.0.4. […]
Police : DejaVu Serif […]
Taille minimale : 8 […]
J'ai le meme problème quand j'utilise une de dernières versions de dévellopement de Webkit.
À quoi il m'est bien vite répondu ceci :
Webmestre : Ben vu les navigateurs folkloriques que tu utilises, je suis pas trop surpris que tu aies des problèmes.
Tu peux être sûr que ça marche au poil sous IE ou Firefox.
Là, apparaissent quelques petits soucis :
- Le professionnel en question ne réagit pas au fait que le moteur Gecko que j'utilise est exactement le même que celui de Firefox, et qu'il doit donc donner la même apparence aux même pages ;
- Incidemment, il dit que ça marche parfaitement sous Firefox alors que c'est pour le moins inexact, comme démontré ci-dessus ;
- Il qualifie donc de « folkloriques » deux des quatre moteurs de rendus de page internet les plus utilisés et les plus fiables :
- En Europe, les navigateurs basés sur Gecko représentent un tiers des parts de marché des navigateurs en septembre 2008 (statistiques XiTi de septembre 2008)[1].
- WebKit, et quand à lui un moteur de rendu utilisé par Google Chrom[e|ium] et surtout par Safari, qui est utilisé par presque tous les possesseurs d'ordinateurs Macintosh[2], dont une grande partie des utilisateurs sont des professionnels du graphisme et de la mise en page.
- Ces deux moteurs respectent bien mieux (et de très loin) les recommandations du W3C et les normes de l'IETF que celui qui les devance sans cesser de perdre cette avance : Internet Explorer (qui lui a en effet une interprétation folklorique du code). Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil aux résumés des résultats du passage du test Acid3. Ces recommandations et ces normes ont pourtant pour objectif de permettre à tous de percevoir les pages internet de la même façon.
Alors en soit, tout ça n'est pas si grave.
Il n'empêche que voir autant d'approximations et d'erreurs en si peu de phrases – décelables par le premier passionné en informatique pas trop compétent venu – par une personne qui vit de ce domaine… ça fait quand-même un peu peur[3]. On a beau savoir que passer par une école de commerce suffit pour s'improviser aussi bien vendeur de fruits et légume que vendeur en informatique, ça fait un tout autre effet quand on le constate en vrai.
Bref, la preuve par l'exemple qu'on peut très bien convaincre à peu près n'importe-qui de n'importe-quoi pour peu qu'on sache bien en parler [et|ou] qu'on aie une assez grande gueule, et ce même sans faire preuve de très grandes compétences dans le domaine dont on parle[4]. Cette capacité est régulièrement utilisée de manière abusive. Tel est l'art des commerciaux, publicitaires, et autres politiciens.
Une précaution à prendre systématiquement : mettre un perspective tous les propos de ces derniers et les vérifier plutôt trois fois que les deux habituelles.
Sur ce, si j'en avais les moyens financiers, je repaierais bien une cotisation chez les Casseurs de pub ; tout ça m'en a redonné très fort envie.